MOURYA
Actualités

Nouvelle loi électorale malienne: Le colonel Goïta en embuscade sur la colline de Koulouba

C’est désormais acté. Le gouvernement, par la voix de la ministre déléguée chargée des réformes politiques et institutionnelles, Fatoumata Sékou Dicko, avait beau clamer «ne pas se reconnaître dans les modifications» après les 92 amendements introduits sur les 219 articles, le colonel Assimi Goïta a promulgué le vendredi 24 juin 2022 par décret présidentiel, le code électoral adopté une semaine plus tôt par le Conseil national de transition (CNT). Principale innovation de cette loi, la création d’une Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE). Il s’agit d’un organe unique institué en lieu et place du système tripartite jusque-là en cours mais tant décrié et qui aura pour tâche de gérer de bout en bout le processus électoral : du recensement à la centralisation des votes et la proclamation des résultats provisoires en passant par l’établissement du fichier, la confection des cartes d’électeur, la gestion du financement public des partis, le contrôle des dépenses de campagne, etc. Une institution qui sera donc, on le voit, l’alpha et l’oméga des scrutins dont l’objectif est d’apporter un supplément de transparence, et donc moins de contestations post-électorales. Il faudra désormais la voir à l’épreuve du terrain pour juger vraiment de son indépendance et de son efficience. En attendant, la promulgation de cette loi ouvre la voie à la présentation d’un calendrier détaillé, étape par étape, du retour à une vie constitutionnelle normale comme promis à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans la perspective de son prochain sommet programmé pour le 3 juillet prochain. Rendez-vous vital s’il en est pour le Mali qui espérait, début juin, lors de la dernière conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’organisation sous-régionale, sinon une abrogation du moins un allègement des lourdes sanctions communautaires qui le frappent depuis le 9 janvier 2022. En désespoir de cause, le locataire du Palais de Koulouba avait dans la foulée unilatéralement fixé la durée de la Transition à 24 mois, même si les tractations avec la CEDEAO, qui table sur 16-18 mois, se poursuivent. Le médiateur de la CEDEAO, l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan était du reste encore sur les bords du Djoliba la semaine dernière pour tenter de rapprocher les différentes positions. Il s’agit donc aussi d’amadouer le président Nana Akufo-Addo et ses homologues pour qu’ils desserrent l’étau chaque jour un peu plus étouffant sur les Maliens malgré les rodomontades de la junte qui assure qu’au royaume de Goïta, «tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles» pour reprendre Pangloss même si, en réalité, Candide est une féroce critique de Leibniz et de son «essai de Théodicée». Mais ce nouveau texte législatif sera-t-il suffisant quand on sait que pour certains acteurs de la scène politique malienne, l’association de cette nouvelle loi électorale et des dispositions révisées de la Charte de la Transition ouvrirait la voie à une possible candidature de Goïta qui n’aurait qu’à démissionner de l’armée et de la Présidence quatre mois avant la présidentielle et le tour est joué. Plus que jamais, le colonel, qui semble désavouer par son décret son propre gouvernement, est en embuscade sur la colline du pouvoir, même si d’ici là, beaucoup d’eau peut encore couler sous le pont de Badalabougou. Deux ans c’est si long, cela d’autant plus que malgré la présence des mercenaires russes de Wagner (en grève pour des retards de paiement) et la «montée en puissance des FAMa», les militaires au pouvoir n’arrivent toujours pas à résorber le terrorisme. Le massacre de 132 civils au Centre du pays, il y a une dizaine de jours vient encore d’en administrer la preuve sanglante et cette bombe insécuritaire pourrait à tout moment, exploser entre les mains de l’officier supérieur et contrarier ses plans de légitimation de son pouvoir par les urnes s’il en avait jamais l’intention .

MOURYA, LA VOIX DU NIGER

Articles similaires

Laisser un comentaire