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Relations franco-africaines : De l’urgence à changer de paradigme

Comme en 2017, ce sera donc Emmanuel Macron contre Marine Le Pen. Il y a cinq ans, le candidat de La République En Marche (LREM) et celle du Rassemblement National (RN) étaient arrivés premier et deuxième du premier tour de la présidentielle avec respectivement 24,01% et 21,30% des suffrages exprimés. Avec le résultat final qu’on sait. Bis répétita ce dimanche 10 avril 2022. Hier à la fermeture des urnes à 20h (18h GMT) en Métropole, le président sortant était crédité de 28,1 % des voix contre 23,3% pour son challenger. Jean-Luc Mélenchon dont c’était la dernière tentative arrivant troisième avec 20%. Les deux finalistes, qui ont donc amélioré leurs précédents scores, se retrouveront le 24 avril prochain pour un nouveau duel au sommet dont on se demande d’ores et déjà quelle en sera l’issue. Comme en 2017 et en 2007, y aura-t-il un front républicain pour faire barrage à l’extrême droite ou les Le Pen, père et fille, vont-ils enfin crever le plafond de verre au prix d’une savante opération de dédiabolisation qui ne trompe personne et d’un quinquennat somme toute calamiteux du «Marcheur» qui semble à bout de souffle ? Tout dépendra aussi des abstentionnistes qui forment le premier parti de France puisqu’environ 25% des 48,7 millions d’inscrits ont préféré aller taquiner le goujon et s’ils décidaient d’aller voter dans deux semaines, la donne électorale pourrait être chamboulée. Réponse donc dans deux semaines. En attendant, on remarquera que l’Afrique n’aura pas été particulièrement présente dans la campagne. Ce qui, en soi, n’est pas vraiment nouveau, sauf que, cette année, l’absence s’est accentuée avec la guerre en Ukraine et ses répercussions socio-économiques sur le Vieux continent, en l’occurrence la France, bouleversant de ce fait des joutes électorales plus que jamais tournées vers les préoccupations domestiques : prix du gaz, de l’essence et de l’électricité, retraites, bref, pouvoir d’achat. L’Afrique, c’est si loin et le thème des relations franco-africaines, quand elles ont été abordées dans les programmes officiels ou au détour d’une interview sont souvent appréhendées sous le prisme réducteur de l’immigration dont les extrémistes de tous poils, de Marine à Nicolas Dupont-Aignan en passant par Eric Zemmour font leurs choux gras, agitant comme à l’accoutumée l’épouvantail des migrants, accusés de tous les péchés de France, pour mieux vendre leur camelote politique. Le porte-étendard de Reconquête n’a-t-il pas poussé l’outrecuidance jusqu’à accuser les ressortissants sénégalais d’être des délinquants trafiquants de drogue ? Mais peut-on vraiment faire un reproche aux extrêmes quand, depuis «les odeurs» et les «bruits» de Jacques Chirac et le fameux «pain au chocolat» de Jean-François Copé, la droite dite républicaine a toujours maraudé à des fins électoralistes dans le nauséabond vivier électoral des officiellement infréquentables ! La course à la magistrature suprême intervient, faut-il le rappeler, au moment où l’image de la France est de plus en plus ternie sur le continent noir, les opinions nationales demandant de plus en plus aux politiques de couper le cordon ombilical qui nous lie à l’ancienne puissance tutélaire sur fond de néocolonialisme. Ce sentiment antifrançais est surtout prégnant dans la bande sahélo-saharienne où, à Bamako, à Niamey et à Ouagadougou, des voix s’élèvent pour exiger le départ des troupes tricolores qui, de fait, ont dû, sous les coups de boutoir de la junte malienne qui file dorénavant le parfait amour avec la Russie, se résoudre à faire leur paquetage pour une «réarticulation» du dispositif de Barkhane. L’aventure sahélienne dont il a hérité de son prédécesseur François Hollande aura d’ailleurs été tout au long de son mandat un véritable caillou dans les godasses de Jupiter, souvent accusé de jouer un double-jeu dans la lutte contre le terrorisme pour des desseins inavoués. Et que dire de la lancinante question du franc CFA qui demeure, aux yeux de beaucoup d’Africains, une anomalie monétaire 60 ans après les indépendances formelles et dont quelques candidats ont demandé le démariage avec le Trésor français ! Il y a cinq ans, on avait pensé que l’arrivée au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré du presque quadragénaire né après la décolonisation, allait apporter une indispensable cure de jouvence à une relation franco-africaine qui en avait bien besoin. Hélas, les belles promesses du quinquennat, portées notamment par les échanges sans tabou ni filtre que le président frais émoulu a eu avec les étudiants de l’université de Ouagadougou le 28 novembre 2017, se sont envolées. Le désamour est si profond qu’il faut changer de paradigme, que ce soit sur les questions (d’accords) de défense, de migration ou du CFA. Et que ce soit un homme ou une femme, un nouveau président ou l’ancien, qui ait la confiance de ses compatriotes au soir du 24 avril l.MOURYA, LA VOIX DU NIGER

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